MANJAKAMIADANA
Sur le côteau bleui par des ombres sereines
Que la lueur du jour naissant faisait plus pur,
J'ai cru voir, ce matin, découpé dans l'azur,
Plus beau que chaque jour le Palais de la Reine.
Alors, ivre de rêve et d'amour à la fois,
Mon âme s'en allait, de chagrin oppressée,
Vers ces âges lointains que chacun porte en soi
En voyant ces témoins des époques passées.
C'est l'antique Palais de nos rois d'autrefois,
Taillé dans le granit au front de notre ville,
Et qui, depuis cent ans, sur la Cité des Mille,
" Sentinelle debout, veille comme un beffroi ".
Il est beau, le matin, serti dans la verdure,
Sous le ciel du printemps ou celui de l'hiver,
Lorsque son toit d'ardoise à demi-découvert
Se montre dans la brume aux fines dentelures.
Ses quatre tours, couleur du temps, au front hautain,
Gardant dans leur granit un pli grave et sévère,
Evoquent tendrement à qui les voit de loin
La ville endormie à son ombre tutélaire.
>
Et l'on entend monter la nuit, au bruit du vent,
Des milliers de maisons dont il garde la troupe
Un murmure plaintif comme un vague et vieux chant,
Lointain, perdu là-bas, du côté de l'Ikopa.
Mais, las ! tout en gardant son maintien digne et fier,
Le palais aujourd'hui regarde un oeil triste
Ses remparts noircir et les chiendents pousser vert
Sur les débris disjoints de ses pavés de schiste :
Ses ruelles en pente aux contours détournés
Sur qui, en gais festons, s'arquent les bougainvilles
N'entendent plus parmi les cents bruits de la ville
Que quelques voix d'enfants aux timbres enroués.
Ses abords où jadis aimaient à se poursuivre
Courtisants et soldats sont aujourd'hui déserts,
Car vers la ville basse se ruant pour vivre,
La foule a déserté ces lieux sacrés et chers ;
Et le Palais n'est plus qu'un souvenir qui trace
De ses lignes de pierre un portrait effacé,
Le portrait éternel de notre vielle race
Qui clame encor par lui les fastes du passé.
( Les Fleurs de l'Ile Rouge)
Régis RAJEMISA-RAOLISON
RETOUR TRAVAUX D'ELEVES RETOUR ACCUEIL